Le coup d’état soft de l’armée
La crise actuelle ne doit rien à la spontanéité d’opposants au PM, c’est le résultat d’un plan planifié et coordonné, avec en point d’orgue un coup d’état silencieux des juges de la Cour constitutionnelle : la dissolution du PPP.
L’occupation du siège du gouvernement depuis le 26 août [
br /] par les partisans du PAD, puis celle de l’aéroport de Don Mueang, enfin l’investissement de celui de Suvarnabhumi, un plan soigneusement élaboré.
Le refus des forces de l’ordre d’intervenir à la demande du gouvernement légal constitue une forfaiture caractérisée. Le limogeage du chef de la police nationale,
[
1]
, n’y a rien changé.
Avec des effets de voix, la police thaïlandaise a ordonné "la dispersion immédiate des manifestants hostiles au gouvernement qui bloquent les aéroports de Bangkok" et sans peur du ridicule brandit la menace terrible de poursuites judiciaires [
2].
Les manœuvres du PM pour remplacer le chef de l’armée par un général plus accommodant n’ont pas abouti.
Non seulement l’armée repousse toute idée d’intervention pour dégager les lieux occuppés mais son chef actuel le général Anupong Paochinda appelle le PM à démissionner et a dissoudre le parlement et d’organiser des élections anticipées (avec la proposition du PAD de 30% d’élus ?). Il a choisi le pourrissement en refusant de faire usage de la force contre les manifestants. Il préfère
courir le risque que le mouvement échappe à tout contrôle, menaçant l’ordre public et l’appareil d’État lui-même.
L’armée veut s’assurer que son inéluctable intervention sera perçue comme l’unique solution.
Le PM s’est réfugié à Chang Mai, son crédit est nul, soucieux d’éviter un éventuel bain de sang, il contient, non sans peine et avec l’aide de Thaksin toute véléité de durcissement de l’action de la part des progouvernementaux de l’Alliance démocratique contre la dictature, DAAD.
Vers un coup d’état hard
Selon des sources diplomatiques,
les plus hautes autorités du pays ont décidé, en accord avec l’armée de terre et les manifestants de l’Alliance, qui occupent les deux aéroports depuis une semaine, d’utiliser les grands moyens pour remettre les choses en ordre avant l’anniversaire du roi Bhumibol Adulyadej le 5 décembre.
Suivant ce scénario, l’armée prendrait le pouvoir - une vieille habitude en Thaïlande - et l’Alliance du peuple pour la démocratie retirerait ses militants des deux aéroports et du Palais du gouvernement.
Parallèlement, la cour constitutionnelle devrait dissoudre mardi trois des partis de la coalition électorale accusés de fraude électorale, ce qui ouvrirait la porte à la dissolution de la Chambre basse du parlement et à de nouvelles élections.
Une réédition du scenario de 2006 [
br /]
Un gouvernement intérimaire, composé de militaires et de technocrates, serait mis en place à la place du gouvernement élu de Somchai Wongsawat, actuellement réfugié à Chiang Mai dans le nord du pays. L’Alliance du peuple pour la démocratie obtiendra, en échange du retrait de ses troupes des deux aéroports, l’
>instauration d’un régime conforme à la "nouvelle politique" qu’elle prône dans ses discours : 30% des membres de la Chambre basse élus et les 70% restants nommés parmi des groupes professionnels et des corps sociaux.
Les jours qui viennent seront capitaux pour l’avenir de la démocratie thaïlandaise.
Notes
[br /] Le 1erles opposants ont commencé à quittent le siège du pouvoir, afin d’après une porte-parole de la PAD, Anchalee Paireerak, qui a affirmé que les manifestants antigouvernementaux voulaient concentrer leur action sur le siège des aéroports de Bangkok. "C’est trop risqué de rester au siège du gouvernement en raison des attaques répétées contre nous" a-t-elle ajouté.
[1] Nattawut Sai-Kau, le porte parole du gouvernement, a précisé que le chef de la police nationale, le général Pacharawat Wongsuwan a été à un poste inactif au sein des services du Premier ministre Somchai Wongsawat.
[2] Alors qu’il conduisent une rébellion manifeste les leaders de la PAD bénéficient d’un étonnant laxisme de la part des tribunaux hérités de la dictature militaire
[br /] Après le scrutin législatif du dimanche 2 avril 2006, boycotté par l’opposition, le 9 mai 2006, la Cour constitutionnelle avait invalidé les élections gagnées par la coalition du Premier ministre sortant Thaksin Shinawatra, et boycottées par l’opposition, les jugeant "inconstitutionnelles". Un nouveau scrutin devait être sera organisé dans les 60 jours.
Le 19 septembre 2006 un coup d’état militaire dirigé par le général Sonthi Boonyaratglin, 59 ans, premier musulman à diriger l’armée de terre en Thaïlande,a renversé le gouvernement du premier ministre Thaksin Shinawatra et imposé la loi martiale".
L’armée a suspendu la Constitution de 1997, ainsi que le Parlement, le gouvernement et la Cour constitutionnelle.
Le 23 septembre 2006, Sa Majesté le roi Bhumibol Adulyadej a officiellement chargé le commandant en chef des armées Sonthi Boonyaratglin de former un gouvernement.
Le 2 octobre 2006, le général à la retraite Surayud Chulanont, 63 ans, ancien commandant en chef de l’armée et conseiller du roi, a été nommé par le général Sonthi Boonyaratglin, au poste de premier ministre.
Selon la Constitution adoptée en aout 2007, sous l’impulsion d’une junte militaire, l’ensemble d’un parti peut être dissous en Thaïlande si un seul de ses responsables est reconnu coupable de fraude électorale.